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Principes Républicains et Burqa ?

mercredi 1er juillet 2009, par Bruno Tarreau

Dans un contexte de crise économique et sociale toujours plus grave, la question du port de signes religieux, non plus à l’école mais dans les lieux publics, refait une apparition tonitruante. Nous ne nous laisserons pas distraire des vrais enjeux, mais burqas* et niqabs* suscitent une indignation justifiée dans la société française. Les prises de position du président de la république lors de sa médiatique allocution devant le congrès à Versailles sur ce thème ne nous ont à ce titre pas convaincu, car la question de défense et la promotion de la laïcité ne saurait se résumer à ce seul fait qui masque quelque peu la forêt.
Les principes laïques ne conduisent pas à règlementer les tenues vestimentaires, sauf dans des cas spécifiques relevant de l’ordre public ou de la dignité des personnes. L’importation de coutumes d’Asie centrale, excédant les prescriptions coraniques, se distancie des pratiques courantes des musulmans de France, qui sont nombreux à s’insurger. Elle manifeste une coupure qu’on peut assurément apparenter à une dérive fondamentaliste, ou encore sectaire. Cette dérive qui isole des adeptes du reste de la société ne saurait être condamnée uniquement pour les femmes qui ne doivent pas être les seules victimes des débats idéologiques. La question décisive est bien celle de l’égalité entre les hommes et les femmes.
Mais, il est évident qu’on ne peut accepter le destin assigné à ces femmes, car le port de la burqa traduit manifestement une subordination, et le fait d’un libre choix semble hautement improbable, à l’exception sans nul doute de quelques personnes ayant fait ce choix, individualités, par ailleurs, les plus médiatisées et mises en avant. La réponse à ce type de dérive est complexe. La Ligue de l’enseignement affirme qu’une enquête en forme d’état des lieux est nécessaire. La France ne manque pas de chercheurs compétents à qui l’on pourrait confier une mission au lieu d’envisager une issue législative immédiate débouchant sur un interdit frontal inefficace, voire contre productif car enfermant encore plus ces femmes dans leur soumission.
Nous savons aujourd’hui que tout événement amène quasi automatiquement à la question de la rédaction d’une loi. Ironie de l’histoire, Molière ne savait pas en son temps combien les répliques de Tartuffe « cachez ce sein que je ne saurais voir... » prendrait au XXIeme siècle une actualité emprunte d’humour noir. En ce domaine, une loi risquerait de masquer le fond du problème, et plus encore stigmatiserait une population en étant attentatoire aux libertés. Elle ne solutionnerait rien et condamnerait à coup sur de nombreuses femmes à l’enfermement pur et simple.
Des dispositions existent pourtant qui peuvent permettre d’apporter une réponse ponctuelle au problème. La seule solution est celle qui allie la fermeté sur les principes et la constance dans le travail d’intégration à la société. Ce travail demande une mobilisation de tous les acteurs, élus, enseignants, militants associatifs, travailleurs sociaux... Cette voie est certes longue et difficile, mais elle est la seule efficace. C’est celle que propose, et met en pratique au quotidien dans ses nombreuses actions sur les territoires, la Ligue de l’enseignement.

* La burqa couvre tout le corps et masque les yeux derrière une grille, le niqab ne laisse qu’une fente pour les yeux.