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Avec un titre éluardien qui rappelle le lien congénital entre la Ligue et le combat pour la liberté, deux militantes de la « Ligue 47 » présentent sous une forme tête-bêche originale un panorama complet d’un siècle d’actions associatives inscrites certes dans un contexte national mais fortement marquées par leur enracinement local.
Il revient à Céline Piot, spécialiste déjà affirmée de l’histoire politique et culturelle du département d’évoquer d’une manière alerte et précise l’avènement précoce et le développement rapide d’associations laïques foisonnantes. Le Lot-et-Garonne est marqué par un pluralisme religieux et des luttes intenses, de la résistance au coup d’État de 1851 à l’éclosion puis au déclin d’un communisme rural très exceptionnel. Parfaitement contextualisées, les grandes dates fondatrices de 1911 (création de la Fédération des Amicales laïques), 1925 et 1947 (reprises après des guerres dévastatrices) jalonnent la vie d’associations d’éducation populaire, s’appuyant sur l’école et ses maîtres mais en symbiose avec la société environnante et sachant conjuguer le souci de l’instruction publique et celui de la formation d’un citoyen. L’auteur insiste sur le rôle essentiel, et précurseur (dès 1867 !), d’un Albret marqué par l’engagement militant d’artisans et d’ouvriers (les bouchonniers) avides de progrès et de liberté. Le chef-lieu du département, s’engageant ensuite avec des militants plus urbains, permet une meilleure liaison avec les différents pouvoirs et donc l’accès à de nouvelles ressources financières et humaines. On perçoit bien l’action souvent obscure mais très efficace des petits notables, certes éclipsés par la gloire républicaine d’un Fallières ou d’un Leygues, mais quotidiennement à l’œuvre pour encourager de leur présence et de leurs deniers toutes les activités laïques. Le développement de l’action laïque au cours du siècle écoulé est ainsi décrit, expliqué, illustré dans un récit imagé et efficacement structuré.
De son côté, Fanny Tarreau a mis au net, après les avoir patiemment recueillis, souvenirs et témoignages remontant largement aux années 1950 et même aux années 1930. Elle présente une superbe galerie de cent permanents et responsables élus associatifs échelonnés sur trois générations. Ce sont tous des militants enthousiastes, mais dont la lucidité et la modestie tempèrent la fierté et la tendance inévitable à se mettre personnellement en valeur. Tous les secteurs de l’action laïque sont évoqués à travers ces carrières individuelles, qui sont pour la plupart marquées par une forte motivation sociale et culturelle : on ne devient pas militant laïque par hasard et si les ascendants génétiques sont rappelés par les enfants d’enseignants ou de militants, les souvenirs d’enfances paysannes précaires, à la fois précis et pudiques, abondent. Mais des parcours plus originaux se dessinent, et parfois, ô surprise, l’engagement catholique précède le militantisme laïque. Des figures de leaders émergent du lot : on les retrouve au fil des pages et l’on mesure à quel point l’action de ces hommes et femmes sortis du rang a pu exercer un effet d’exemple, d’entraînement et irriguer sans arrêt un tissu de plus en plus solide. On reste confondu devant la diversité des activités : le sport et les loisirs dominent sans doute, avec une place immense tenue par les « colos » et les centres de vacances, très attractifs puisque la Fédération a profité de la relative proximité de l’Océan et des Pyrénées pour essaimer ses implantations destinées aux jeunes, mais la musique, les arts, la littérature, le cinéma, le théâtre, les débats culturels se développent parallèlement ou à leur suite. Le tout constitue un tissu socio-culturel d’une grande richesse.
De nombreuses femmes, à commencer par les deux auteurs, ont contribué à ce recueil, soulignant ainsi le rôle de la Ligue dans l’émergence d’une parité à laquelle le monde politique proprement dit a été et reste fortement réticent malgré les affirmations de principe.
Parfaitement édité et illustré par nombre de documents inédits, ce travail dépasse largement les portraits des fondateurs ou l’inventaire des associations qui caractérisent habituellement les ouvrages commémoratifs. Il permet de mesurer le rôle politique profond d’un militantisme laïque toujours vivace malgré les aléas d’un contexte national dont l’extrême dureté récente, heureusement en partie compensé par l’attention bienveillante des collectivités territoriales de proximité, ne peut être éludée. La vitalité d’une fédération forte de 14 000 adhérents reste tout de même un gage d’espoir face au défi de la revitalisation des campagnes comme à celui de la déshérence des quartiers urbains. On ne peut que souhaiter un vif succès à ce très agréable ouvrage, et au delà, qu’il puisse inspirer de nombreux émules dans un grand nombre de départements.

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