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NON, La France n’est pas la fille aînée de l’église

vendredi 11 janvier 2008, par Bruno Tarreau

Depuis le 20 décembre 2007, le Président de la République est chanoine d’honneur de la basilique Saint Jean du Latran.

Nicolas Sarkozy a voulu donner à cet usage désuet une dimension politique et philosophique. Accompagné d’une importante délégation reçue avec faste par le pape Benoit XVI, le président a prononcé un grand discours dont la teneur est aussi surprenante que choquante.

L’affirmation introductive « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes » évacue tous les apports de l’Antiquité, de la civilisation arabo-musulmane, de la philosophie des Lumières, de la Révolution et de la culture ouvrière et scientifique. Si les contributions du catholicisme à la culture française sont effectivement importantes, elles n’expriment pas à elles seules l’identité nationale. Notre pays ne naît pas avec le baptême de Clovis, et il est aujourd’hui à la fois divers du point de vue religieux et philosophique et sécularisé. Si la laïcité est bien « une condition de la paix civile », c’est parce qu’elle permet et organise la liberté de conscience de tous en garantissant à la fois l’émancipation individuelle contre tout enfermement idéologique ainsi que la légitimité et l’égalité des convictions et des appartenances.

Le jugement dévalorisant sur la « morale laïque risquant de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance » est inadmissible. Mais l’affirmation la plus provocatrice est « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Non seulement les religions n’ont pas le monopole de l’espérance, mais elles furent souvent et restent parfois pourvoyeuses de fanatisme. Le Président de la République serait donc mieux inspiré de promouvoir l’émancipation par une éducation au service de tous.

Dans le cadre d’un tel discours, l’engagement « à ne pas modifier les grands équilibres de la loi de 1905 » laisse sceptique. Aussi, la Ligue de l’enseignement, avec l’ensemble du mouvement laïque, reste vigilante et donne sur son site http://www.laicite-laligue.org/ tous les éléments pour mieux comprendre les enjeux

Communiqué de la Ligue de l’Enseignement