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mercredi 2 novembre 2011, par Anaïs Manein
En Lybie, le peuple en crise vient de se libérer d’un tyran (et non d’une démocratie). Deux jours à peine après la chute du régime, le conseil national de transition (CNT) déclarait par la voie de son Président que les textes légaux régissant ce pays étaient de fait caduques. Dans le discours de circonstance prononcé à cette occasion était annoncé que la législation du pays serait dorénavant fondée sur la loi islamique (charia). Et ce sans le moindre processus démocratique, ce qui émut de nombreux dirigeants de pays qui avaient soutenu la révolution. A notamment été cité en exemple le divorce qui devient interdit et le mariage polygame qui lui par contre (re)devient autorisé... La mise en place d’une démocratie dans laquelle la voie du peuple pourrait enfin se faire entendre était la réelle attente, comme celle de nombreux autres à cette même époque dans le Maghreb islamique.
Pendant 40 ans, le Raïs Lybien comme le dictateur Tunisien ont étouffé toute forme de représentation de la société civile dans leur pays. Les partis politiques étaient interdits ou sous contrôle, les associations n’avaient pas droit de cité. Lors de la chute du régime tout naturellement la seule force réellement structurée était la religion, qui, malgré de lourdes contraintes, pouvait exister. Elle a donc sans doute été perçue comme le seul recours possible, ou vécu comme tel, indépendant des pouvoirs précédemment en place et ne présentant aucun risque de confusion avec ces derniers. En Tunisie aussi, il est vrai dans un tout autre contexte, le parti politique qui vient d’être choisi par plus de 40% des électeurs qui s’exprimaient pour la première fois est un parti islamique, dit « modéré ». Nous qui vivons dans une République Laïque depuis plus de 100 ans savons que la séparation des pouvoirs spirituels et temporels et la garantie d’un vivre ensemble garantissant à chacun la liberté de pensée comme celle d’agir.
Les associations sont donc un élément garantissant la démocratie incontestablement. Revenons dans notre pays, la France. Elle en compte de nombreuses, qui ne sont pas, ne doivent donc pas n’être, que de simples prestataires de services au service des collectivités ou dans un marché concurrentiel que l’économie libérale a fini par imposer comme seul critère de valorisation de l’initiative. Si elles ont démontré leur capacité à s’adapter en permanence durant le siècle qui vient de s’écouler pour survivre, leur seule finalité ne doit pas se limiter à gagner « le » championnat ou faire passer le temps à des adhérents, devenus usagers et de plus en plus consommateurs. Elles sont par nature un espace citoyen, voulu comme cela, lieu privilégié d’expression et de construction politique* avant même d’être créateur de lien social. Les associations d’éducation populaire sont donc un rempart, et peut être même un recours, qu’il convient de protéger.
Dans un contexte de crise économique important il est nécessaire que nous gardions tous à l’esprit, élus de la République et simples citoyens, l’importance des associations dans notre société et le sens qu’elles doivent garder. L’exemple de ce qui se passe en ce moment même dans certains pays d’Afrique du Nord doit nous le rappeler en permanence.
* Le terme « politique » désigne dans son sens plus large le cadre général d’une société qui s’organise

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